Le corps sait déjà fabriquer du “cannabis intérieur”

Certaines personnes remarquent qu’elles ne se sentent vraiment détendues qu’après avoir consommé du cannabis — un état de calme et d’unité qu’elles ont du mal à retrouver autrement, même en se reposant. La question qui compte, en séance, n’est pas « comment arrêter », mais « qu’est-ce que je cherche, exactement, à travers ça ».

Une partie de la réponse est biologique : le corps humain fabrique lui-même des molécules très proches de celles du cannabis, et ce, bien avant la naissance.


Une molécule présente dès la gestation

Avant même la naissance, le cerveau produit des endocannabinoïdes, dont l’anandamide (du sanskrit ananda, la félicité) — une molécule structurellement proche du THC, le principe actif du cannabis. Elle intervient dans la régulation de la douleur et de l’équilibre émotionnel, et participe à la construction du lien d’attachement entre le fœtus et sa mère.

Des études montrent que l’anandamide circule abondamment entre la mère et le fœtus pendant la grossesse, avec un rôle dans la tolérance immunitaire et la croissance neuronale. Ce terrain biologique explique en partie pourquoi certaines substances qui agissent sur ce même système peuvent réactiver un état de sécurité très ancien — et, parfois à l’inverse, réveiller une mémoire de manque, quand le lien n’a pas été stable.


Un exemple, en séance

Un homme d’une vingtaine d’années consulte après avoir constaté que sa consommation de cannabis augmente nettement lors des périodes où il se sent seul, sans que ce lien lui soit apparu spontanément. Il ne cherche pas à « arrêter à tout prix », mais à comprendre ce que la consommation vient combler.

En reconstituant son histoire, une naissance difficile et une séparation précoce d’avec sa mère ressortent comme des éléments possibles — sans certitude absolue. Nommer cette hypothèse ne change rien à sa consommation du jour au lendemain, mais elle lui donne un premier repère : ce n’est pas le produit qui manque, c’est un sentiment d’enveloppement qu’il n’a jamais appris à retrouver autrement.


Quelques propositions pour grandir

  • RepĂ©rer les moments oĂą l’envie de consommer augmente — fatigue, solitude, tension — plutĂ´t que de la juger.
  • Chercher ce que l’état recherchĂ© apaise rĂ©ellement : calme, sensation d’unitĂ©, mise Ă  distance d’une douleur.
  • Explorer d’autres voies d’apaisement du système nerveux — respiration, contact physique, mouvement — pour donner au corps d’autres options.
  • Regarder du cĂ´tĂ© de l’histoire de la naissance et des premiers liens, sans en tirer de conclusion hâtive.
  • Se faire accompagner si la consommation devient difficile Ă  rĂ©guler seul : ce travail systĂ©mique complète un suivi addictologique, il ne le remplace pas.

Ce sujet se travaille d’abord en séance individuelle, pour prendre le temps de repérer ce que la consommation vient apaiser. Le groupe peut ensuite avoir sa place si l’exploration touche à une dynamique familiale plus large, comme les circonstances de la naissance ou les tout premiers liens.

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Et si on en parlait ?

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